Une photo du père Jacques Hamel dans l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, le 10 février 2022 ( AFP / Sameer Al-DOUMY )
Un hommage à la "fraternité" et au "refus de la haine". Dix ans après son assassinat par deux jihadistes, la France a célébré dimanche la mémoire du père Jacques Hamel, avec une cérémonie à Saint-Etienne-du-Rouvray en présence du Premier ministre Sébastien Lecornu et de François Hollande.
Le 26 juillet 2016, le prêtre catholique avait été égorgé pendant qu'il célébrait la messe dans l'église de cette petite commune de Seine-Maritime, près de Rouen.
La mort dans un attentat de ce religieux, connu pour son engagement en faveur du dialogue entre les religions, a profondément marqué le pays.
Les deux jeunes assaillants, qui se réclamaient du groupe État islamique (EI), avaient aussi grièvement blessé une autre personne, au moment où la France était frappée par une vague d'attaques terroristes.
Adel Kermiche et Abdel-Malik Petitjean, tous deux 19 ans, avaient été abattus par les forces de l'ordre.
"Nous n'oublions pas le Père Jacques Hamel (...), pris pour cible parce qu'il incarnait le refus de la haine, la fraternité et l'espérance", a écrit le président Emmanuel Macron sur X. "Face au terrorisme islamiste, la France reste unie", a-t-il ajouté.
Son Premier ministre Sébastien Lecornu, présent à Saint-Etienne-du-Rouvray, a insisté sur ce même message.
"La fraternité, c'est savoir nommer le mal, le regarder en face et le combattre, sans jamais tomber dans la vengeance ou la division", a-t-il affirmé dans un discours lu par le préfet de la Normandie et de la Seine Maritime Jean-Benoît Albertini, le Premier ministre souffrant d'une extinction de voix.
Cette valeur "ne désarme pas l'Etat" mais "le renforce", a-t-il dit.
François Hollande, président au moment de l'attentat, était présent, tout comme l'ex-ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve et le maire du Havre Edouard Philippe.
Une messe, présidée par le président de la Conférence des évêques de France, le cardinal Jean-Marc Aveline, a eu lieu dans l'église où le père Hamel a été tué, autour de laquelle un important dispositif de sécurité avait été déployé.
Dossier pour sa béatification
Jacques Hamel n'avait jamais pris sa retraite. Né à Darnétal, près de Rouen, en 1930, ordonné prêtre en 1958, il était resté prêtre auxiliaire dans cette ville ouvrière d'un peu moins de 30.000 habitants.
Sébastien Lecornu a rendu hommage à un "homme droit" qui rêvait d'un monde "plus humain, plus fraternel".
Il a estimé que Saint-Etienne-du-Rouvray, après le drame, avait suivi ces enseignements en refusant "la vengeance".
L'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, le 10 février 2022 ( AFP / Sameer Al-DOUMY )
Selon de nombreux témoignages, l'attentat n'a pas réussi à diviser les communautés chrétienne et musulmane.
Pour preuve, l'amitié inattendue née entre la soeur du prêtre, Roseline Hamel, et la mère d'un des deux terroristes, Nassera Kermiche, relatée dans un livre écrit en commun, Soeurs de douleur.
A Saint-Etienne-du-Rouvray, "il y a une mixité sociale, c'est une belle ville et les gens sont gentils", explique Christelle Jego, propriétaire de la brasserie traiteur "chez Mams". "Le père Hamel et la mosquée étaient très proches, il y avait déjà du lien entre les habitants" et l'attentat "n'a rien changé", constate-t-elle.
Un dossier pour sa béatification, déposé en 2019, est en cours d'examen au Vatican.
Avant la cérémonie d'hommage, le maire communiste Joachim Moyse a dit ressentir le "réveil des souffrances et de la douleur" mais aussi "l'envie de dépasser ces souvenirs douloureux pour avancer ensemble".
"La République doit préserver tous les cultes, la liberté de croire, de ne pas croire ou de douter", a-t-il souligné.
A droite de l'échiquier politique, les hommages au père Jacques Hamel étaient associés d'un appel à lutter contre "l'islamisme", formulé notamment par le candidat Les Républicains Bruno Retailleau.
Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national, a elle estimé sur X que "la menace islamiste n'a jamais été aussi présente" et promis d'attaquer "le mal à la racine" en 2027.
La justice a condamné en mars 2022 trois proches des auteurs, Yassine Sebaihia, Farid Khelil et Jean-Philippe Jean Louis, pour "association de malfaiteurs terroriste" à des peines de huit à treize ans de prison.
Le quatrième accusé, Rachid Kassim, propagandiste de l'organisation Etat islamique présumé mort en Irak, a été condamné en son absence à la perpétuité avec une période de sûreté de 22 ans pour "complicité".

0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer